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Au revoir là-haut: le film vs le livre

Un carton en salles

Plus d’un mois après sa sortie, le 25 octobre dernier, le film d’Albert Dupontel, Au revoir là-haut, est toujours à l’affiche, et confirme un succès aussi bien public, en cumulant 1 842 737 entrées au box office en date du 5 décembre 2017, que critique, la presse ayant chanté ses louanges, à de rares exceptions près.

Il faut dire que rien n’a été laissé au hasard, et on ne peut que féliciter le réalisateur pour la somme de travail accomplie: 13 versions de scénarios, une distribution prestigieuse parmi laquelle on retrouve Albert Dupontel, mais aussi le pensionnaire de la Comédie-Française, Laurent Laffite, l’imposant Niels Arestrup ou encore Emilie Dequenne et Mélanie Thierry (décevante dans le rôle de Pauline), une reconstitution au diapason du Paris des années 20, avec des décors et des VFX, ou effets visuels, impressionnants…

Côté visuel, justement, le film, au budget d’un peu moins de 20 millions d’euros, est léché: la mise en scène est ambitieuse et spectaculaire, digne d’une superproduction avec travellings survitaminés et vues aériennes de drones ou de grues, imagerie rétro façon Jean Pierre Jeunet, la technique renvoie une image extrêmement travaillée. Quitte à perdre en authenticité ou en poésie? C’est en tout cas ce qui laisse les critiques pantois, avec d’un côté les trois contempteurs Les Cahiers du Cinéma, Les Inrocks et Libération, qui, il est vrai, ne sont souvent pas avares de commentaires acerbes et de critiques ampoulées, et de l’autre, les admiratifs L’Obs, L’Express ou encore Marianne.

 

Un film en deçà du livre

Malgré ses incontestables qualités, le film est, cependant, bien loin d’égaler le roman éponyme de Pierre Lemaître, paru le 21 août 2013 aux éditions Albin Michel, et pour lequel l’écrivain a reçu le prix Goncourt.

En effet, l’auteur nous livre un récit où l’âpreté le dispute à la rudesse, dans une France désenchantée, au sortir de la Première Guerre mondiale. Sur la ligne de front, le soldat Albert Maillard est témoin d’un crime que le coupable, le lieutenant Henri d’Aulnay-Pradelle, voulait attribuer aux allemands. Démasqué, l’officier le pousse dans un trou où Maillard se retrouve enterré vivant. Il ne doit la vie qu’au sauvetage d’un autre Poilu, Edouard Péricourt, dont l’acte de bravoure lui vaut d’être défiguré par un éclat d’obus. De retour à Paris, suite à la démobilisation, le modeste comptable prend à sa charge l’aristocrate devenu gueule cassée, qui se fait passer pour mort auprès de sa famille, notamment son père, qui l’avait toujours rejeté en raison de son homosexualité. Dans une société française incapable de leur trouver une place, les deux compères se lancent alors dans une vaste escroquerie de vente de monuments aux morts, s’attaquant ainsi au patriotisme.

La plume de Lemaître dresse un portrait sans concessions de la France des années 20, pleine de misère, de bassesse, d’abus de pouvoir, mais aussi de repentir. Or, l’intensité du roman est grandement édulcorée dans le film, notamment en raison du survol de la psychologie des personnages. Tout va trop vite sur grand écran, et nous n’avons pas le temps de nous attacher aux individus, ni de comprendre tout les enjeux. Et ce n’est pas la musique irritante de Christophe Julien qui arrange ce constat: l’émotion et le tragique se heurtent à ses mélodies légères et déconnectées.

 

Quoiqu’il en soit, Dupontel semble avoir remporté son pari: il signe un grand film populaire et en profite pour adresser un pamphlet sur la cupidité de certains, thème ô combien atemporel et qui trouve une résonance particulière dans la société actuelle des multinationales. Sa fresque picaresque et pittoresque, pleine de couleurs, de masques et de dessins, est un pied-de-nez artistique à ce monde d’avidité. Et s’il n’atteint pas la puissance et la profondeur du livre, le film en est une bonne introduction…

 

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